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Gatto Fritto : habile éclectique

Une fois par mois, les copains du collectif tplt, nous font découvrir l'univers d'un artiste à travers un mix et un interview. 

(Vous pouvez les suivre sur Facebook ici : tplt)

Nouvel épisode par Gatto Fritto, DJ bien installé depuis plus de 20 ans dans la scène londonienne. Proche de la clique Love International et du blog baléarique Test Pressing, cet échalas anglais nous a fait forte impression lors de sa première venue au Bootleg; on l’a donc rappelé à l’ordre pour une nouvelle séance de méditation cosmique à La Serre. Agile avec les genres et les disques, ses sets-voyages serpentent entre deux décennies de dance-music : acid downtempo, house uk à la Warp et techno casse-jambe au tournant.


tplt :
Salut Ben, je tiens d’abord à te remercier pour ton temps. En premier lieu, peux-tu nous en dire un peu plus sur toi et la manière dont tu as démarrer à produire de la musique ?

Gatto Fritto : Je suis un banlieusard anglais qui a grandi en écoutant des compilations pop juste avant que Stock, Aitken et Waterman s’empare de la tête des charts. J’ai écouté les vinyles jazz de mon père (sous la contrainte) et les albums de Police et de Stevie Wonder de ma mère. La première musique que j’ai vraiment découverte moi-même a probablement été Black Sabbath et AC/DC quand j’avais 10 ans… Ma mère m’a trouvé une guitare d’entrée de gamme et j’ai appris moi-même à jouer quelques morceaux. 

En 1991 un ami de mon oncle m’a joué Energy Flash par Joey Beltram et j’ai eu (à cause de la drogue) une révélation. J’ai commencé à acheter des vinyles de dance quand j’ai eu de l’argent avec le magasin de disques Clobber, dirigé par un duo de DJs locaux (merci Mavis et Nasty Nick). Je me suis peu à peu immergé dans la dance music en écoutant Colin Dale et Colin Faver sur Kiss FM, en chopant des morceaux que John Peel avait l’habitude de jouer sur Radio 1 et en allant à des raves et des free festivals comme Torpedo Town, ce qui devait être une ramasse hippie et qui s’est transformé en rave. Il y avait un bon soundsystem appelé S.W.E.A.T. là où j’ai grandi, qui avait l’habitude d’être à beaucoup de teuf pas loin de nous.

La première musique que j’ai composé dans un studio a été avec Sam Weaver (mon partenaire de production sur Hungry Ghost), dont le frère été sur Stockhausen et Walkman. On a eu accès à son studio, donc on a pris l’habitude de s’asseoir et de fumer du hash et de délirer sur des samples. Après un pétage de plomb à cause de mauvaises drogues à la fin des années 90 j’ai commencé à faire mon propre set-up au début / milieu des années 2000 et de me mettre à la production plus sérieusement.



tplt : Comment définirais-tu ton style musical et quelles sont tes influences majeures ? On te considère comme un selector avec un large panel de genres musicaux, à ton avis, d’où cela peut-il venir ?

Gatto Fritto : Je ne sais pas comme je décrirais mon style mais pour ce qui est de mes influences elles sont plutôt larges. J’ai grandi en écoutant John Peel à la radio et en écoutant le plus de musique possible. 

En ce qui concerne le mix, j'aime juste jouer de la musique qui, à mon avis, sonnera bien dans les clubs. J'ai eu pas mal de chance de travailler dans de bons magasins de disques au cours des années précédentes, avec des gens remarquables qui écoutent toutes sortes de choses, et j'ai toujours essayé de garder un esprit ouvert sur de nouveaux sons.


tplt : Peux-tu nous parler de l’influence du krautrock sur tes productions ? Notamment sur ton album, où l’on trouve beaucoup de similarités avec des groupes tels que Tangerine Dream, Ash Ra Tempel ou encore Can, pour ne citer qu’eux. 

Gatto Fritto : Je ne suis pas expert concernant le krautrock mais j’adore tous les groupes que tu as mentionné. J’ai toujours aimé le côté hypnotique de ces trucs, la répétition organique et la modération. Le fait que ces incroyables joueurs techniques sachent rester dans la retenue.

Je me souviens lire un truc à propos de Can quand j’avais à peu près 13 ans… Si tu lis la presse musicale britannique à l’époque, ils étaient l’un de ces groupes que de nombreux musiciens plébiscitaient, de Pavement à PIL ou Carl Craig, mais pourtant ça m’a pris 4 ans pour les écouter ! J’ai d’abord entendu Vitamin C, ce qui a été super, mais beaucoup moins « sci-fi » et beaucoup plus organique que ce que je m’étais imaginé.


tplt :  Tu as sorti une compilation « The Sound Of Love International 001 », peux-tu nous en dire plus ?

Gatto Fritto : Qu’il m’ait demandé de faire cela a été un grand honneur. J’ai été joué pour eux (y compris avec leur précédente forme en tant que Garden Festival) depuis plus d’une décennie… et c’est toujours un grosse croix dans le calendrier pour moi. 

J’ai essayé de mettre ensemble quelque chose qui soit représentatif de ce que j’ai joué ces quelques dernières années, et j’ai vraiment plaisir à voir comment ça a évolué. J’ai adoré comment certain de ces records ont sonné sur le sound system à Barbarellas, et espérons que cette compilation sera entendu par plus de monde sur de bons gros sound system de club. 



tplt : On a également remarqué qu’il y a sur cette compil’ le morceau de Anaalivaihe « 10_11_2012 » que tu as édité ensuite, pourquoi as-tu choisi ce morceau ?

Gatto Fritto : J’ai fait l’édit de Anaalivaihe parce que l’original ne faisait que 3 minutes, et je pensais que ce serait cool d’en avoir un peu plus long. J’ai appris que le batteur nous avait quitté quelques semaines auparavant ce qui est vraiment triste… Ils n’ont fait que 3 disques ensemble en tant que groupe, et ils valent tous la peine si vous pouvez vous en procurer des copies. 


tplt : As-tu déjà pensé à lancer ton propre label ?

Gatto Fritto : Techniquement, j’ai un label… c’est juste que ça fait environ 8 ans que ça sommeille!


tplt : Quels sont tes disquaires favoris ?

Gatto Fritto : Beaucoup… mais Music & Video Exchange à Greenwich est mon préféré, mais ne leur dites pas que je vous y envoie ou ils vous factureront un supplément ! 

Par ailleurs, Bordeaux est une belle ville pour acheter des vinyles (vive tplt!).



tplt : Y-a-t-il des labels ou des artistes que tu suis de près en ce moment ?

Gatto Fritto : Il y a tellement de bonne musique et tant de vraiment bons DJs qu’il est difficile d’en mentionner sans oublier des quantités de trucs intéressants… Je suis toujours attentivement tout ce que font Morgan Buckely et Wino. 




Interview par Lucas Perrot.